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2022-04-01
Orange Côte d'ivoire

Finance digitale

 Cléo Ngokoudi : « Le secret d’une startup qui fonctionne, c’est de recruter les bonnes personnes »

Lauréate 2022 dans la catégorie Intrapreneur du prix Les Margaret de la Journée de la femme digitale (JFD), Cléo Ngokoudi compte parmi les rares femmes présentes dans la FinTech ivoirienne. Finance Manager d’Anka, elle place le fraud management au cœur de la stratégie d’une entreprise qui fonctionne.

Interview.

Le rapport 2020 de la Banque Mondiale sur les FinTechs ivoiriennes révèle qu’environ 98% d’entre elles sont dirigées par des hommes. C’est dire que vous faites partie des rares femmes actives dans ce secteur. Qu’en pensez-vous ?

Anka est effectivement détenue par des hommes. Mais les femmes ont tout à fait leur place dans l’organisation. Aujourd’hui, 80% de notre équipe dirigeante est composée de femmes. Il est vrai qu’à l’échelle mondiale, les femmes sont moins représentées mais la tendance change ! Grace à des initiatives comme la Journée de la femme digitale (JFD) avec le prix Les Margaret, le club JFD et son événement annuel qui se tient le 8 mars, les modèles féminins dans le secteur de la technologie sont mis en lumière. J’espère pouvoir montrer à toutes les femmes que nous y avons tout à fait notre place.

Connu depuis cinq ans sous le nom d’Afrikrea, vous vous refaites baptiser "Anka" en mars 2021. Pourquoi ce changement de nom ?

Afrikrea était surtout connu pour sa marketplace. Nous avons développé Anka - qui signifie « le nôtre » en Bambara - pour marquer le changement de notre business model et apporter de la visibilité à tous les services que nous offrons : marketplace, services financiers adaptés aux consommateurs et enfin notre service de livraison qui expédie partout dans le monde sous trois jours.

Quel objectif visez-vous avec cette plateforme de paiement ?

Notre objectif est de mettre à disposition le moyen de paiement le plus adapté pour chacun de nos entrepreneurs. Par pays, nous choisissons de développer différents moyens de paiement : mobile money, transfert d’argent en monnaie locale, etc. Le paiement mobile est très demandé. Nous l’avons donc développé dans la zone CFA, au Ghana, au Nigeria et au Kenya. Il y a aussi notre carte Anka qui permet à chaque entrepreneur de payer ou de se faire payer en moins de 24h, partout dans le monde.

A ce jour, il n’existe pratiquement pas de standard de sécurité pour les paiements mobiles, ce qui constitue une source importante de fraude. Comment appréhendez-vous cette problématique ?

Nous avons recruté deux personnes avec une expérience solide en la matière afin de développer ce que l’on appelle chez nous le fraud management et la compliance. Grâce à nos équipes de fraud management, compliance et de développeurs, nous arrivons à faire face à ce grand challenge. De nombreux process de vérification efficaces sont mis en place en amont et en aval de chaque transaction. Le secret d’une start-up qui fonctionne, c’est de recruter les bonnes personnes. Et sur ce point, nous sommes très chanceux car nous avons réussi à bien nous entourer.

De plus en plus, l’accès au financement demeure une des difficultés couramment rapportées par les FinTechs ivoiriennes. Quelle est votre expérience en la matière ? Anka est-elle accompagnée par des investisseurs ?

Nous avons effectivement des investisseurs. Nous avons finalisé notre levée de fonds de 6,2 millions de dollars en janvier 2022. Le processus est long et complexe. Mais grâce à nos excellents résultats, plus de 700 mille visites sur notre plateforme et plus de 35 millions de dollars de transaction, nous étions confiants quant à l’aboutissement de cette levée de fonds. Cependant, Anka reste indépendante dans la gestion de l’entreprise. Nous sommes basés en Côte d’Ivoire, mais nous employons des talents partout dans le monde. Nous sommes une entreprise en total remote, nous avons des employés sur quasiment tous les continents. D’ailleurs, nous sommes toujours dans une grande phase de recrutement à la suite de notre levée de fonds. Lors de notre levée de fonds, nos investisseurs ont soulevé la qualité de notre business model. Pour qu’un business model soit pris au sérieux, il faut qu’il soit ambitieux, précis tout en étant pragmatique.

Après le paiement mobile et la logistique, vous ciblez la microfinance. Expliquez-nous pourquoi ce service financier dit de deuxième génération (épargne et crédit) peut constituer une opportunité pour Anka ?

Ce service est d’abord extrêmement attendu par nos entrepreneurs avant d’être une opportunité pour Anka. En effet, notre objectif est de permettre à chaque entrepreneur de développer son business car, lorsque le business grandit, le nôtre grandit également. Tout le monde est gagnant !

Interview réalisée par Anselme AKEKO

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